05.09.2009

Menaces ou réformes ?

Le chef de la diplomatie turque met en garde les pays européens qui refusent l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne.

Selon le ministre issu du gouvernement islamiste de Recep Erdogan, M. Davutoglu, la Turquie a accompli des réformes "impensables il y a encore quelques années".

Il cite la liberté religieuse ( dans un pays où les pogroms anti-chrétiens jalonnent l'Histoire et où des prêtres sont assassinés dans les rues ), la liberté d'expression ( dans un pays où le Prix Nobel de Littérature Orhan Pamuk est traîné en Justice par les autorités publiques pour avoir demandé pardon aux Arméniens pour le génocide au nom du peuple turc, "insulte délibérée à l'identité turque" selon le ministère public ), l'abolition de la peine de mort ( dans un pays qui compte parmi ceux où sont recensés le plus de meurtres ritualisés de jeunes filles au monde ), l'autorisation d'émission de radios en kurde ( dans un pays où l'armée assure le contrôle des zones kurdes du sud-est par la terreur ).

Le diplomate islamiste continue, " les voix négatives que nous entendons toujours de la part de certains pays de l'UE répandent le doute parmi nos concitoyens et nuisent à nos efforts pour poursuivre les réformes ".

Voilà qui ressemble à s'y méprendre à une menace...

Plutôt que les pseudos-réformes des islamistes, nous pouvons prendre la Turquie à son propre piège et exiger, compte tenu de sa bonne volonté, de ne plus subventionner les Universités d'Etat qui enseignent le négationnisme, de demander pardon à la République d'Arménie et au peuple arménien pour le génocide, de prendre en charge la restauration des camps de concentrations turcs de Syrie afin d'en faire des Mémorials, d'évacuer sous trois semaines ses troupes d'occupations de la partie nord de l'Etat chypriote et de procéder au démantèlement de ses infrastructures militaires, de verser une somme dont le montant devra être établit par une commission de l'ONU pour les destructions irréversibles perpétrées sur le patrimoine historique et culturel de la zone occupée, d'engager des négociations avec le peuple kurde afin de lui accorder son autonomie, de lutter contre le racisme en accordant la citoyenneté aux millions de chiites Alévis.

Voilà quelques réformes basiques qui nous convaincraient vraiment que la Turquie tourne le dos aux fous qui forment son gouvernement actuel.

Commentaires

Villiers est sans conteste l’opposant le plus crédible à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Les Turcs se disent outrés de la lenteur du processus d’adhésion. « Nous avons été invité à boire le thé sur la terrasse, mais nous sommes déçu de ne pas diner dans le salon » a déclaré un membre du gouvernement turc il y a quelques années. Mais beaucoup d’européens ne souhaitent pas cette entrée. C’est un peu comme la constitution européenne : l’élite politique est pour, mais le peuple s’oppose. La situation n’est également pas si claire que ca en Turquie. L’idée d’une adhésion européenne n’est pas encore unanime chez le peuple turc. Comme toujours, deux visions s’affrontent en Turquie : les islamistes très nombreux, ne désirent pas se mélanger aux chrétiens. N’oublions pas que ce sont des islamistes modérés qui sont au pouvoir, autrement dit, des musulmans extrémistes raisonnables. D’autres du même camp trouvent plutôt qu’avec une ouverture des frontières et une libre circulation des personnes, l’émigration turque, déjà très importante en Allemagne et en France, serait plus aisée. Les fervents nationalistes, vouant une gloire éternelle à Mustapha Kemal, sont hésitants sur le fait de confier une partie de leur souveraineté. Souveraineté qui leur est d’autant plus chère qu’elle s’est difficilement gagnée par l’extermination presque totale du peuple arménien présent dans l’Empire ottoman, l’éradication des chrétiens (le pays est aujourd’hui à plus de 99% musulman), le manque de liberté la communauté alévi, et le rejet systématique des volontés d’affirmations de l’identité kurde. Rajoutons le manque crucial de liberté d’expression. Par exemple, selon l’article 305 du code civil, tout citoyen allant à l’encontre des intérêts nationaux est passible de 10 ans d’emprisonnement. Selon ce motif, les citoyens qui demandent le retrait des militaires turcs de Chypre ou déclarent que le génocide arménien a effectivement eu lieu pendant la première guerre mondiale sont ainsi condamnés. Pourtant cet aspect est clairement oublié par les médias qui préfèrent critiquer la Russie ou encore la Chine. Chine, qui reste la championne de la torture en prison, mais talonnée de près par la Turquie. Etre opposant politique n’est pas une mince affaire dans les pays non démocratiques.
Le pays a certes amorcé depuis une dizaine d’années un effort de réforme, mais l’amélioration est facile quand on part du pire ! Il y a dix ans à peine, parler Kurde dans la rue était un délit, au motif de nuire à l’identité turque. Aujourd’hui, le gouvernement tente de faire bonne figure en offrant par exemple du mobilier aux populations très démunies du Kurdistan. Mais ceux-ci ne sont pas dupes. Depuis le traité de Sèvres, qui prévoyait l’instauration d’un Kurdistan autonome, la répression militaire n’a jamais cessé dans cette région hautement stratégique.
Pour l’immense majorité des Turcs, les Kurdes ne sont qu’un facteur nuisant à l’homogénéité de la patrie. Comme le furent les Arméniens il y a un siècle. La majorité des Turcs soutiennent même que les Kurdes n’ont rien à faire en Turquie, alors que ce peuple indoeuropéen est présent dans cette région depuis l’antiquité (contrairement au peuple turc). Le gouvernement turc menace par ailleurs ouvertement de représailles économiques aux pays européens se déclarant contre l’adhésion. A t on réellement besoin de la Turquie pour produire nos Renaults ou confectionner nos chaussettes ? Les millions d’euros accordés à ce pays depuis des années, au titre de son statut de candidat européen, ne suffisent ils pas à montrer l’incohérence de la situation ? Mais dans sa globalité, l’Europe s’inscrit pleinement dans la continuité de la politique américaine. Comme d’habitude.
Comment peut-on admettre l’entrée d’un pays ouvertement négationniste, niant les faits historiques par une intense propagande. Comment traiterait-on l’Allemagne, si elle n’admettait pas l’existence de la Shoah ? Rejetant les cultures de ses minorités, la Turquie annonce tout de meme qu’elle est digne d’entrer dans l’UE. Le but de l’UE n’est pas de faire un club chrétien, mais l’entrée de la Turquie signifiera l’impossibilité d’une future possible homogénéité européenne.

Ecrit par : Hayastan4ever | 09.09.2009

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