12.05.2009

L'Europe souverainiste unie

Emmenés par le businessman irlandais et l'élu vendéen, les souverainistes européens ont lancé leur campagne électorale à Rome sous la bannière du mouvement Libertas, avec un parrain inattendu : Lech Walesa.

Tout le monde ne chôme pas le 1er mai.  C'est ce quont pu constater touristes et badauds du Parc de la musique, à Rome. L'endroit choisi par le mouvement Libertas pour lancer sa campagne électorale et partir à l'assaut de Bruxelles et Strasbourg. « Souverainistes de tous les pays, unissez vous ! », tel aurait pu être le slogan de cette rencontre.
 

Car ils sont venus de tout le continent avec leurs drapeaux et leurs couleurs Les Slaves et les Baltes , les Bataves et les Germains , les Nordiques et les Latins Plus de 1000 délègués ou militants issus des 27 pays de l'Union europeenne (UE) se pressent dans l'auditorium. La vedette du jour, c'est Declan Ganley, principal artisan de la victoire du non au traite de Lisbonne lors du référendum irlandais de juin 2008. Le grain de sable dans une machine bien huilée. Celui par qui le scandale est arrivé. Cauchemar pour la Commission europeenne et les gouvernements de l'UE. Ravissement
pour tous les eurosceptiques qui se cherchaient une figure de proue.

Ce businessman de 40 ans au parcours de météorite ne se contente plus déjouer les trublions dans la verte Erin. II a décidé d'étendre Libertas au reste de l'Europe. Un choix motive par le « mépris dont la Commission et les dirigeants de l'UE ont fait preuve en voulant faire revoter les Irlandais, jusqu'à
ce qu'ils disent oui » « On ne peut passer outre la volonté populaire, s'insurge t il. Cest une négation de la démocratie qui menace tous nos pays, et pas seulement l'Irlande ». Naguère laboratoire d'idées, le reseau Libertas (ce nest pas un parti) s'est donc mue en machine de guerre électorale avec un bureau a Bruxelles, une quarantaine de permanents et des candidats dans chaque pays de I'E En France, Libertas est represente conjointement par Philippe de Vlliers (Mouvement pour la France, MPF) et Frédéric Nihous (Chasse Peche Nature Traditions), qui ont passe une alliance pour le scrutin europeen du 7 juin.

Ganley et Villiers se sont rencontres il y a un an, juste avant le référendum irlandais « Le courant est passe immédiatement, raconte Jerome Riviere, directeur de campagne Libertas France. A tel point que Declan est venu passer ses vacances en famille (il a quatre enfants) au Puy du Fou Je sais que
nos détracteurs, qui craignent ce tandem de choc, font tout pour les opposer "le milliardaire et l'aristocrate", etc. Des mots qui ne resistent pas aux faits. En réalité, ils ont des points communs ils sont tous deux catholiques, tous deux entrepreneurs, tous deux rebelles, ils aiment leur pays et ne veulent pas le voir disparaitre » En tout cas, le Vendéen ne tarit pas d'éloges sur son nouvel ami.

« C'est un homme qui s'est levé, un homme qui s'est dressé, un dissident de l'Ouest. Quand on
me parle de son argent, je dis : il a fait fortune avant de se lancer en politique, contrairement à ceux qui se lancent en politique pour faire fortune. Dans ce combat pour les valeurs, il a tout a perdre rien a gagner ».
 

« Nous souhaitons revenir a l'esprit du traite de Rome signé en 1957 »
Declan Ganley confirme « Nous sommes d'accord sur tout. Même si nos adversaires prétendent le contraire. Le meilleur exemple est celui de l'adhésion de la Turquie a l'UE.
On a voulu faire croire que j'y étais favorable alors que Philippe y est oppose. Or, personnellement je ne pense pas que cette adhésion soit une bonne idée et, de toute façon, c'est une question qui doit être soumise a référendum dans chacun des pays membres ».

Quoi qu'il en soit, fédérer au sein d'une mouvance paneuropéenne des personnalités ou des organisations venues d'horizons dissemblables et exaltant leurs spécificites n'est pas un exercice de tout repos. Curieusement, c'est a l'Australien Lynton Crosby (qui a coordonne plusieurs campagnes
électorales en Australie et en Angleterre, dont celle - victorieuse - du nouveau maire de Londres) qu'échoit cette tache « Nous avons affaire a des pays linguistiquement et culturellement distincts,
reconnaît il. Dans certains cas, comme la France, il existait des mouvements structurés, dans d'autres, comme en Europe de l'Est, il a fallu les creer. Et on ne veut pas unifier de maniere autoritaire et centralisée puisque c'est exactement ce que Libertas reproche a la Commission europeenne ». D'où ce meeting romain, qui se veut fondateur et novateur.

Pourquoi Rome ?
« Primo, parce que c'est le berceau de la civilisation europeenne, explique Philippe de Villiers ;  secundo, parce que nous souhaitons revenir à l'esprit du traité de Rome signé en 1957, c'est-à-dire à une coopération entre Etats qui n'a rien à voir avec l'intégration actuelle. Cela prouve d'ailleurs que nous ne sommes pas europhobes. » Côté mise en scène, rien n'est laissé au hasard. Sur l'estrade, la Néerlandaise Eline Van den Broek, 28 ans, économiste et universitaire surdiplômée, fait applaudir chaque délégation nationale par une assistance surchauffée (où la jeunesse se taille la part belle). Puis les orateurs se succèdent : Villiers, Nihous, Ganley, les anciens Premiers ministres letton et slovaque, Guntars Krasts et Jan Carnogursky, l'Italien Teodoro Buontempo, l'Espagnol Miguel Duran et le Grec Emmanuil Kalligiannis.
Chacun, dans son style et sa langue, répète et martèle le credo de Libertas. Une plate-forme commune qui entend définir une fois pour toutes un périmètre européen.
Autrement dit, en exclure la Turquie, qui « ne fait nigéographiquement ni historiquement partie de l'Europe ».

« La Commission européenne ne respecte pas la voix des peuples »
Libertas entend également s'opposer au traité de Lisbonne, lequel « transfère plus de cinquante compétences nationales à la Commission européenne, clique non élue qui ne respecte pas la voix des peuples ». Enfin, établir la préférence communautaire en matière économique, « telle qu'elle était prévue dans le traité de Rome, avec l'union douanière ». Ce qui revient à taxer les produits hors Union
européenne afin de protéger les emplois et les industries sur le continent.
Clou du spectacle, l'apparition surprise d'un très médiatique parrain : Lech Walesa.
Invité par Ganley, qui le décrit comme son « héros personnel et le symbole de la liberté », l'ex-leader de Solidarnosc déplore au micro l'abandon des chantiers navals de Gdansk par Bruxelles et en appelle au sursaut des peuples. Succès garanti malgré quelques lazzis de compatriotes polonais, vite étouffés par des ovations enthousiastes. Incident qui ne douchera pas le patron de Libertas,
lequel espère bien former un groupe de poids au Parlement européen, capable de mettre fin à la « cogestion politique de cette assemblée » par les deux groupes majoritaires : le Parti populaire européen (PPE, droite) et le PSE (Parti socialiste européen, gauche). « Leurs jours sont comptes », promet-il à ses troupes en guise de conclusion. Reste à savoir si les Européens ont tous le tempérament irlandais.

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