05.08.2008

Pacte germano-soviétique

Alexandre Soljenitsyne nous quitte et pourtant il ne nous quittera plus. Sa force, la lumière de son combat, l’exemple poignant de ce que la volonté et le courage peuvent renverser, est désormais universelle. Il a changé le monde.

Je veux lui rendre hommage en dénonçant le totalitarisme sous ses trois principales formes au cours du XXe siècle et qui perdurent encore de nos jours. Communisme, Nazisme et Islamisme sont les trois têtes du totalitarisme. Au cours du siècle dernier, ces trois idéologies se sont parlés, se sont combattus et se sont alliées. Les liens, amicaux ou hostiles selon la période, entre ces trois idéologies furent et sont omniprésents dans notre histoire. Je vais les exposer un à un de manière succincte.

 D’abord les liens Communisme-Nazisme, ensuite les liens Nazisme-Islamisme et enfin les liens Communisme-Islamisme. Chacun est un fait historique. Mais parfois ils sombrent dans l’oubli. Il faut alors les remettre en lumière.

 Molotov et Ribbentrop signent le pacte de non-agression.jpg

« Faut-il mourir pour Dantzig ? ». 1939. Marcel Déat. C’est un homme de gauche. Il est socialiste. Il ne veut pas que la France arrête Hitler pendant que c’est encore possible. Lors de la parution de cet article dans L’Oeuvre nous sommes quelques jours avant la signature du pacte germano-soviètique. Cet article est un symbole. Symbole du pacifisme de la gauche et surtout des communistes vis-à-vis du nazisme durant l’avant-guerre. Le 23 août 1939, le pacte entre les nazis et les communistes est signé. Il prévoit notamment le partage des zones d’influences en Europe Orientale. Le 1er septembre l’Allemagne envahit la Pologne. Le 17, l’URSS en fait de même. Les Polonais sont pris à revers. La Pologne n’aura aucune chance. Ce traité prévoit aussi que la Gestapo livrera au NKVD (ancêtre du KGB) les réfugiés russes présents sur le sol allemand que les communistes réclament. Dans l’autre sens le NKVD livrera à la Gestapo les militants anti-nazies allemands et autrichiens qui avaient trouvés refuge en URSS. Un pion contre un pion. Ce pacte permet aussi à Hitler d’envisager plus sereinement la guerre contre la France et l’Angleterre en ne luttant que sur un front. Déat ne voulait pas mourir pour Dantzig. Le voulait il plus pour Strasbourg ? Pour Paris ? Pour Dunkerque ? Non. Il collaborera. Il ne s’agissait pas de mourir pour une ville étrangère mais bien de ne pas s’opposer au nazisme. Le Parti Communiste, sa section française, soutient le pacte germano-soviétique. Il est interdit, on craint les sabotages pour empêcher la mobilisation. Aussi des responsables communistes sont arrêtés. En fait les communistes ne sont pas engagés dans la lutte nationale, ils voient une lutte sociale. Jusqu'à l’invasion allemande de l’Union Soviétique, le parti communiste, en France, n’est pas réellement engagé dans la lutte contre le nazisme. Cela n’empêche pas que des individus ou petits groupes d’individus, eux, prennent des initiatives. On peut citer la mort d’un officier allemand qui causera l’exécution de Guy Mocquet en représailles. Celui-ci collait des tracts fustigeant les « magnats d’entreprises » qui étaient « Juifs, catholiques, protestants et francs-maçons » dans son esprit et demandant la libération des prisonniers communistes que les allemands avaient trouvés dans les prisons de la République.

Le lien Communisme-Nazisme est celui là. Mais il est aussi celui de la question de l’antisémitisme. Dans le patrimoine de la gauche française il y a des troubles sur la question de l’antisémitisme. Depuis très longtemps. A ce titre je ne suis pas surpris par la controverse sur l’affaire de cet ancien dessinateur de « Charlie Hebdo », Siné. En France la gauche est historiquement très mal à l’aise sur cette question. La condamnation d’un propos raciste, c'est-à-dire d’un propos antisémite, n’est pas immédiate, on se consulte, on discute et puis on essaye de donner l’image de la spontanéité de la condamnation quand elle vient. Parfois elle ne vient pas. On est alors à l’extrême-gauche bien souvent. C’est un autre lien entre Communisme et Nazisme.

Je vois un autre lien, celui du mensonge. Les nazis ont niés les camps. Les communistes ont niés les camps, niés le massacre des officiers polonais à Katyn pour ne prendre que quelques exemples simples et révélateurs de l’ampleur des mensonges. J’écoutais hier Bernard-Henri Lévy, que j’apprécie pourtant assez peu en général, qui disait que la force d’Alexandre Soljenitsyne c’est d’avoir fait éclater la vérité sur le communisme, c’est d’avoir détruit le mensonge qui y était lié.

Enfin les hommes mêmes, parfois moins volatiles que les idées pourtant, passèrent de l’un à l’autre. C’est Jacques Doriot notamment. L’exemple le plus frappant d’une longue liste.

Oui, le Communisme et le Nazisme furent concurrents au XXe siècle. Dans l’horreur. Dans la course à la domination mondiale. Des liens, traités d’amitiés ou guerres, ont émaillés une  horrible relation où des dizaines de millions d’êtres humains ont laissés la vie.

 Pour ces raisons il me semble qu’il serait plus juste que le Président de la République fasse lire un extrait de « L’Archipel du Goulag » d’Alexandre Soljenitsyne à la rentrée prochaine plutôt que la lettre de Guy Mocquet. Bernard Pivot disait hier qu’il fut le « Victor Hugo russe ». Bernard-Henri Lévy disait que Soljenitsyne avait écrit un livre-monde. Un livre qui a changé le monde. Rendons lui cet hommage. Il entre dans l’éternité, il est de ces écrivains, comme Tolstoï ou Dostoïevski, dont on se souviendra dans un siècle. L’école doit transmettre à nos jeunes générations la pensée magnifique de Soljenitsyne.

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